La culture intensive et nous (les êtres humains), même combat: c'est "Sois utile ou crève!"

La culture intensive et nous (les êtres humains), même combat: c’est “Sois utile ou crève!”

La culture intensive et nous (les êtres humains), même combat: c’est “Sois utile ou crève!” 1200 628 La vie en plus simple | Mélanie Blanc

Ces derniers temps, quand je passe devant des vergers avec des lignées d’arbres fruitiers les uns à côté des autres, bien tous pareils, je me dis que, ces arbres et nous (les êtres humains), c’est un peu le même combat.

On naît, on grandit, on va à l’école, on trouve un job qui nous permet de vivre et surtout de consommer et ainsi va la vie…

Je sais, le tableau est pas très gai mais, quand on y pense, c’est un peu ça, non?!

La société fait plutôt tout pour qu’on rentre dans le rang et qu’on continue de bien faire tourner la machine.

Et c’est pas si horrible. Quand on regarde l’ensemble, ça donne quand même un truc qui a de la gueule. Autrement on accepterait pas de participer à cette mascarade.

Sauf que…

Je me rappelle des mots d’un ornithologue qui disait que la nature a horreur du trop “propre en ordre”.

Pour favoriser la biodiversité, mieux vaut que ce soit un peu (voire même beaucoup) le bordel: des bouts d’arbres morts dans les forêts, des prairies un peu funky pleines de couleurs et de fleurs différentes. Bref, tout sauf le jardin du château de Versailles.

J’ai une amie qui dit que les arbres fruitiers qui poussent en culture intensive (tous bien alignés avec un espace suffisant mais minimum pour un rendement maximum) lui donnent l’impression d’être en 2D.

Ils poussent souvent le long de fils et “à plat”, contrairement aux arbres auxquels on laisse la liberté de pousser, soit en 3D. Les branches partent de tous les côtés et donnent un bel arbre rond.

Un bel arbre rond avec des branches solides qui vont permettre à des oiseaux d’y nicher. Parce que je peux vous dire que les oiseaux ne vont pas nicher sur les arbres en 2D. D’abord parce qu’ils ont des branches trop fines et ensuite parce que ces arbres sont tellement “courts sur pattes” (oups… sur tronc! Si on peut encore appeler cela un tronc) que les oiseaux qui s’y risqueraient se feraient bouffer par le premier chat qui passe.

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En culture intensive (qui peut d’ailleurs être bio. L’un n’empêche pas l’autre), tout est fait pour que les arbres poussent le plus rapidement possible et donnent de beaux fruits calibrés le plus vite possible. Pour cela, on les piquouse à je-sais-pas-quoi mais, ça les épuise tellement que, au bout de quelques années, il faut tout couper et en planter des nouveaux.

Dans ces vergers, les arbres sont là pour une chose: produire des fruits. Pour le reste, c’est “après eux le déluge”. La biodiversité, il y aura bien un autre coin de nature qui s’en occupera…

La biodiversité n’est pas une lubie de bobo. Au contraire…

La semaine dernière, je suis tombée sur un documentaire du philosophe Frédéric Lenoir intitulé Les chemins du sacré. Vers la fin, il interviewe Ernst Zürcher, un ingénieur forestier. Plus qu’un ingénieur forestier, pour moi, cet homme est un sage. J’ai eu l’occasion de le rencontrer et de l’entendre dans différentes conférences et j’ai les larmes aux yeux chaque fois qu’ils parlent des arbres.

Dans ce documentaire (aux alentours de la 15ème minute), il explique que, dans une forêt, sans l’intervention de l’homme, l’arbre est là pour être et pas pour servir. Au fil du temps, avec la civilisation, l’arbre est devenu utile – il est devenu une ressource – et il a perdu son côté sacré.

En gros, notre civilisation garde ce qui lui sert, là tout de suite. Et tant pis pour le reste.

Et même quand la “vraie” nature semble omniprésente, ce n’est parfois qu’un leurre. En Suède, la forêt donne l’impression d’être partout. Mais, dans cet article, un spécialiste détaille que ces forêts sont comme un champ de poireaux. Il poursuit:

[…] il n’y a pas d’arbres morts. Regardez ensuite ces arbres alignés… Ce sont toujours les mêmes résineux, et la finesse de leur écorce indique qu’ils ont entre 40 et 50 ans… Ils ont cependant la même taille que les arbres des forêts naturelles, multiséculaires. C’est parce qu’ils ont été plantés sur des marais asséchés, ou d’anciennes prairies. Ils poussent très vite et leur bois n’est pas de bonne qualité: ils finiront en pâte à papier.

Sebastian Kirppu, biologiste, dans Le Temps du 3 avril 2021

On apprend aussi dans cet article qu’une plus grande biodiversité permet [à la nature] de s’adapter plus facilement aux bouleversements induits par le changement climatique.

Les “champs de poireaux”, même s’ils donnent une impression de force, ne le sont qu’en apparence.

Aujourd’hui, avec cette pandémie, on voit qu’on a tous été “cultivés” pour évoluer dans un certain contexte mais qu’on est moyennement agile quand il s’agit d’affronter un sacré chamboulement dans nos modes de vie.

On est perdu-e-s, on ne sait pas quoi faire parce qu’on nous a jamais vraiment laissé faire.

Il y a quelques temps, j’ai eu l’occasion d’aller visiter la vigne de Marie-Thérèse Chappaz, une vigneronne reconnue mondialement pour tout ce qui touche à la biodynamie.

Rien que regarder son vignoble, ça fout la pêche, tellement ça paraît foutraque pour nos yeux habitués au “propre en ordre”.

Longtemps vue comme une sorte de sorcière des vignes, elle est aujourd’hui consultée même par ceux-celles qui la regardaient évoluer avec un petit sourire en coin en se disant qu’ils-elles auraient peut-être à apprendre de cette vigne où règne, depuis longtemps, un joyeux bordel! 😉

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