On a tous quelque chose en nous de Meghan et Harry

On a tous quelque chose en nous de Meghan et Harry 1200 628 La vie en plus simple | Mélanie Blanc

Je ne vais pas vous le cacher, la semaine dernière, j’étais comme une midinette devant mon poste de télévision pour voir THE interview.

L’interview dont tout le monde parlait: celle de Meghan (Markle) et de Harry par la papesse (pour changer de la reine) des médias aux States, Oprah Winfrey.

(Ce qui est quand même fou avec une semaine de recul, c’est à quel point les médias en ont fait des caisses avant l’interview. Ils en ont encore fait quelques tonnes lorsque les premiers extraits de l’interview sont sortis. Puis, une fois la version française diffusée lundi soir – soit un jour après la diffusion américaine -, presque plus rien. Comme si tout avait déjà été dit alors que rien n’avait encore concrètement été exprimé…

On n’en parle tellement plus que je me suis demandée, au moment de rédiger ce billet, si cette actu était encore susceptible d’intéresser quelqu’un. 10 petits jours après!!!!! Comme quoi une polémique est emportée par une autre polémique puis une autre et encore une autre… à la vitesse de l’éclair. Bon, fin de cette longue parenthèse.)

J’ai donc regardé religieusement cette interview, avec un carnet et un stylo à la main, car je trouve que l’histoire de ce couple est bien plus qu’une histoire people. C’est pourquoi j’avais envie d’en parler dans un billet parce que, quand on y pense, on a tous un peu de Meghan et de Harry en nous.

Pourquoi? Parce que:

1. Quand on ose faire quelque chose d’un peu fou, on trouve toujours des bonnes raisons pour nous montrer à quel point c’est pas si fou du tout

Sortir du cadre. Oulala comme on n’aime pas ça. Pourquoi? Parce que ça déstabilise tou-te-s ceux-celles qui y sont encore, dans ce cadre.

Tou-te-s ceux-celles qui sont dans le cadre et qui:

  • crèveraient d’envie d’en sortir mais qui n’osent pas;
  • s’y sentent (ou croient s’y sentir) tellement bien qu’ils-elles repoussent férocement tou-te-s ceux-celles qui sortent du cadre et qui risqueraient de donner envie aux gens qui sont dans le cadre d’en sortir. La peur suprême sous-jacente: qu’il reste si peu de monde dans le cadre (initial) que le nouveau cadre dans lequel il est cool d’être finit par être le cadre dans lequel il y avait très peu de monde au début. (J’espère que vous avez suivi le raisonnement… 😉 )

A ce moment-là, on voit surgir les:

  • Elle est comédienne, elle sait exactement comment jouer la comédie;
  • Pauvres gosses de riches. Ils ont tout ce qu’ils veulent et ils arrivent encore à se plaindre;
  • Non mais franchement, avec la vie qu’ils ont, ils voudraient encore qu’on les plaigne…
  • S’ils croient qu’ils vont pouvoir bousculer une institution aussi vieille (la monarchie britannique), ils se mettent le doigt dans l’œil;
  • Ils tentent de manipuler tout le monde. C’est gros comme une maison!
  • Meghan se prétend noire et se plaint de discriminations, mais elle n’est pas si noire que ça…

Ce matin, dans le journal Libération, je lisais le portrait de la chanteuse Yseult qui vient de gagner une victoire de la musique. Elle est noire, grosse et fait les choses à sa sauce (par exemple en créant son propre label).

A la fin de l’article, il est écrit: […] certains se sont précipités pour pointer qu’avec un père cadre, Yseult n’avait pas le droit de causer discriminations.

La réponse de la chanteuse à ces attaques: On essaiera toujours d’invalider les discours des minorités. Ce qu’il faut, c’est continuer d’être soi-même et ne jamais baisser les yeux.

C’est bizarre, il semble y avoir toujours des gens qui “ont le droit” de dire certaines choses et ça semble ne jamais être le cas de ceux-celles qui l’ouvrent.

2. Avant de faire le grand saut, qu’on appartienne à une famille royale ou pas, une phase de transition est souvent nécessaire

Durant l’interview, Meghan et Harry se défendent d’avoir coupé les ponts brutalement avec la famille royale. Ils disent avoir fait les choses dans les règles et que cela aurait pris presque deux ans.

Harry a d’ailleurs insisté sur le fait que, ne voulant plus habiter en Grande-Bretagne pour éviter la presse à scandale, le couple a choisi de s’installer au Canada, pays faisant partie du Commonwealth. Une façon de couper les ponts sans les couper vraiment.

Ce ne serait qu’après qu’on leur ait retiré leur protection qu’ils auraient choisi de s’établir aux Etats-Unis. Genre: On a voulu couper sans couper complètement mais vu que vous n’y mettez pas du vôtre en continuant à nous protéger quoi qu’il arrive, f*%%**, nous on s’casse! (Ça, c’est donc mon interprétation, ils ne l’ont pas dit dans ces termes dans l’interview.)

Avant de passer à autre chose, une chose qui nous fait peur, on y va sans y aller franchement. On crève d’envie d’autre chose mais on n’a pas envie de complètement fermer la porte sur notre vie d’avant non plus.

C’est un peu comme la dent de lait qui ne tient plus qu’à un fil quand on est enfant. Elle n’est déjà plus là mais elle quand même encore un peu là quand même. Sauf que, un moment, il faut bien que le fil casse, en douceur ou en donnant un dernier coup sec pour que ça lâche. Parce que, souvent, pour qu’une autre dent puisse pousser (d’autres choses puissent arriver), il est nécessaire de laisser partir la dent qui empêche à la nouveauté de se présenter.

3. Reconnaître ses failles, c’est un des actes les plus courageux qui soit. Surtout quand l’exprimer haut et fort fait à fond secouer un cocotier

Lorsqu’elle parle du moment où elle a pensé au suicide, Meghan explique à quel point ça demande du courage d’admettre qu’on a besoin d’aide.

Elle avoue avoir eu honte parce qu’elle pensait qu’elle était plus forte que ça. Elle ne voulait pas être un fardeau pour son époux qui avait déjà bien assez à gérer sans en rajouter une couche.

On ne se sent pas bien mais on ne veut pas faire du mal à nos proches. Donc on garde ça bien enfoui jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus.

C’est le cas aussi pour Harry qui ne voulait pas faire de mal, notamment à sa grand-mère (la reine) qu’il aime et respecte tant.

Il a bien essayé d’en parler à quelques personnes de sa famille mais chacun y est allé de son C’est comme ça et autre On est tous passés par là. Un genre de Ferme ta gueule, sers les dents et tais-toi!

Quand sa femme lui exprime sa souffrance, Harry avoue avoir eu honte d’admettre devant ses proches que sa femme avait besoin d’aide.

Le poids de la honte qui ne fait que s’alourdir.

Dans le film Woman d’Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand diffusé récemment à la télévision, une femme parlait justement de cela, du silence, en disant: La violence s’épanouit dans le silence. Quand on n’en parle pas.

Meghan Markle avoue d’ailleurs à quel point il est essentiel d’admettre qu’on a besoin d’aide, d’admettre qu’on a des difficultés. Je ne me vois pas vivre toute ma vie dans la peur, ajoute-t-elle.

Quand Oprah Winfrey lance à Meghan à quel point ce qu’elle dit est choquant (les questions de certains membres de la famille royale sur la couleur de peau de son fils, le fait qu’elle ait pensé au suicide,…), Meghan répond: Je ne dis pas des choses choquantes. Je dis juste ce qu’il s’est passé.

Toujours dans le film Woman, une femme parle aussi de ces propos qui choquent et revendique désormais le droit de choquer. Voici ce qu’elle en dit: Est-ce que je dois ménager vos oreilles sensibles parce que vous seriez choqués d’entendre ce que j’ai enduré? Ce que nous endurons? Ce que nous continuons à endurer? Ce n’est pas seulement ma réalité. C’est la réalité de millions de femmes. Et on devrait faire preuve de tact pour en parler? “C’est honteux. Ne le dites à personne.” Je suis là pour vous dire à tous que je ne me draperai plus dans la honte.

Bousculer un couple, une institution, une culture, c’est courageux. Le dire est courageux mais être suffisamment ouvert-e pour accepter de l’entendre relève aussi d’un grand courage.

Oser dire et oser ENTENDRE. Même si ça nous dérange, même si ça nous choque, même si ça nous paraît incompréhensible. Parce que chacun a droit à sa réalité, qu’aucune et plus ou moins valable qu’une autre et que dire à l’autre que sa réalité n’est pas une réalité valable est une violence.

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