Rémunérer le plaisir ou l’équation impossible qui me prend bien la tête

Cette dernière semaine, j’ai beaucoup pensé à un thème: celui du travail et de sa rémunération.

J’ai une grosse croyance ancrée au plus profond de moi: pour être payée, il faut trimer. (C’est un peu exagéré mais à peine…)

En gros, le travail, c’est pas du plaisir, c’est du travail. Et quand on met le mot travail à côté de celui de plaisir, il y a comme quelque chose qui coince pour moi.

J’adhère de moins en moins à cette croyance mais il y a encore un petit bout de croyance qui reste pourtant bien accroché à mes baskets.

La preuve, la dernière fois qu’on m’a proposé de présenter une conférence sur la question du less is more dans les fringues, on m’a demandé si je souhaitais être rémunérée. Moi, comme c’était une petite structure qui, je le savais, n’avait pas des tonnes de sous et que ça me faisait super plaisir de le faire, j’ai dit que Non, pas besoin. Je le fais avec plaisir.

Comme si faire quelque chose avec plaisir impliquait qu’une rémunération était hors de question parce que rémunération = je le fais pour le fric et pas pour le plaisir. Donc, si j’avais demandé de l’argent, ça aurait voulu dire que je le faisais pour la paie et non pas pour le plaisir. Bref, je pense que vous avez compris mon (gros) problème.

Ça me fait penser à cette connaissance illustratrice qui exerce son métier-passion à 100%. Donc ça veut dire que sa seule source de rémunération est sa passion.

Son « problème », c’est qu’elle dessine super vite. Elle a un trait hyper-spontané. Elle réfléchit beaucoup en amont mais l’acte même de dessiner lui prend très peu de temps. Parfois même que quelques secondes. C’est son style et elle a un vrai talent pour ça sauf que les gens qui la mandatent ont de la peine à la rémunérer correctement – à la hauteur de son talent – parce qu’ils ont l’impression de se faire avoir. Comme s’ils la rémunéraient pour les minutes-heures effectives passées à dessiner et pas pour un résultat final.

Elle me disait qu’elle trouvait ça injuste et qu’en même temps elle-même avait du mal à demander des sommes importantes parce qu’elle avait l’impression d’ « arnaquer » ses mandataires tellement elle travaillait vite et avec plaisir.

Avant de clore la discussion, elle me montre une carte reçue d’une autre illustratrice. Un truc franchement moche (à mon avis) mais, par contre, on voit qu’elle avait mis du temps. Il y avait des tonnes de détails. Un monstre boulot. Un monstre boulot sauf que c’était moche. Oui, mais un monstre boulot quand même. Du coup, cette personne gagnait vachement mieux sa vie que ma connaissance parce que les mandataires avaient l’impression d’en avoir pour leur argent en faisant appel à ses services.

Ces dernières semaines, avec cette crise du Covid-19, je repense souvent à cette conversation parce qu’il y a des tonnes de gens qui font des tonnes de trucs pour aider les gens et, comme ils ont du plaisir à le faire, ils le font sans demander d’argent en retour. Profiter d’une crise pour se faire de l’argent, ce serait mal, non?!??!!! (Bon, il y en a qui ont assez peu de scrupules à le faire. Mais bon…)

Oh, et comme par hasard, vu qu’on est dans une crise, que des gens souffrent, qu’il y a la notion d’aide qui pointe le bout de son nez, ce sont souvent des femmes qui viennent à la rescousse, bénévolement, parce que ça leur fait plaisir, parce qu’aider les gens qui souffrent, si on peut, c’est normal…

Je sais pas si vous avez vu la tonne de femmes qui se sont remises à la couture pour confectionner des masques.

Dans un article, ça m’a rendue mûre quand j’ai lu ces propos d’une personne qui avait mis en place un système de confection de masque. Voici ce qu’il disait à propos de cette action sans but lucratif:

Il s’agit d’un geste qui vient du cœur chez chacune des personnes bénévoles, en toute simplicité. Et les dames qui fabriquent les masques sont très heureuses de s’occuper en se rendant utiles à la communauté, sans autre ambition particulière.

Je ne sais pas si les gens se rendent compte à quel point de telles phrases ne font pas avancer la cause, que ce soit celles des femmes ou celles de la valeur du travail-plaisir.

Voilà pour mon coup de gueule de la semaine et la fin de ce billet que j’écris bénévolement parce que ça me fait tellement plaisir! 😉

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2 Commentaires
  • Céline
    mai 1, 2020

    Je te rejoins dans ces questionnements autour du travail-plaisir! Et il y a plusieurs facettes à cette thématique… quand on exerce une profession dite libérale, et qu’on effectue un service pour un.e ami.e par exemple, ça fait plaisir, car c’est un proche. Mais ça n’en reste pas moins un service qui serait habituellement rémunéré.
    Et puis il y a aussi la facette du travail-plaisir, qui peut devenir travail-boulet lorsque la mission s’éloigne des valeurs du plaisir initial…. Est-ce qu’un travail-plaisir peut le rester sur la durée?

  • Déborah
    mai 24, 2020

    Totalement d’accord avec toi ! quelqu’un qui en parle bien est Idriss Aberkane. Il explique bien que dans la conscience collective, soit on trime avec du Prozac, soit on prend du plaisir et on est un glandeur… Plaisir et rémunération ne sont pas antinomiques, loin de là ! je crois qu’il faut vraiment « militer » contre cette vision des choses.

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