A-t-on le droit au bonheur en plein drame?

Je me suis posée cette question, samedi matin, en me réveillant, quand mon amoureux m’a annoncé les horreurs qui avaient eu lieu la veille. (Nous nous sommes couchés tôt vendredi soir et avons donc complètement zappé le début des événements.) Travaillant dans un quotidien, mon homme a à peine eu le temps de sauter dans un jean qu’il était déjà sur le pont. Quant à moi, je restais à la maison en me demandant si je devais ou non allumer la télévision.

J’ai lu un ou deux articles sur le web. Je connaissais donc les grandes lignes. Il s’agissait ensuite de savoir si je voulais ou non mettre la main dans la spirale infernale.

Je me rappelle parfaitement du 11 septembre. Je me rappelle aussi parfaitement des événements Charlie du début d’année. Les deux fois, j’ai passé ma journée seule devant le petit écran (plus si petit que ça d’ailleurs…) à bouffer des images et à écouter les commentaires de spécialistes et de pseudo-spécialistes qui ne savaient plus vraiment quoi dire au bout de quelques heures. Je suivais pratiquement ça comme une série télé, attendant presque qu’un nouvel événement encore pire que le précédent survienne pour alimenter la bête en drame que j’étais devenue.

Cette fois, j’ai décidé de ne pas succomber à l’appel. J’ai commencé par regarder un épisode de The Affair  (la série que je préfère actuellement. La tension dramatique est extrême tout au long des épisodes et, au moins là, il s’agit d’une fiction). Puis j’ai enchaîné avec un épisode de Grey’s Anatomy  (beaucoup moins bien que The Affair mais ça fait tellement longtemps que je suis c’t’équipe que les personnages font comme partie de la famille).

J’étais super contente de mon début de journée. C’est alors que j’ai regardé mon fil Facebook et constatais qu’il n’y avait que des infos concernant cet attentat. Pareil sur Instagram. (Dans ces moments, il semble qu’il n’y ait que Pinterest qui semble complètement déconnecté du monde. A tel point que ça en paraît bizarre.)

Depuis le début du mois, je poste chaque jour sur mon profil Instagram une idée cadeau afin d’aider les gens à aborder les Fêtes en toute sérénité. Ne voyant que des photos de Tour Eiffel en Peace and Love, je me demandais si je pouvais poster autre chose que ça. Je me sentais comme prise au piège, n’osant pas faire autre chose que ce que tout le monde faisait alors. J’ai décidé de le faire quand même en me disant que la vie continuait et que je ne faisais aucun mal en le faisant. J’ai pourtant longtemps hésité. Mes followers ont d’ailleurs hésité à liker une photo qui ne faisait pas directement référence à ce drame (à moins que ce soit dû à la qualité de ma proposition du jour…)

Je me suis alors rappelée que lors des événements de Charlie Hebdo, une amie commençait ses vacances. Elle était à la montagne, il faisait un temps splendide et elle a osé poster une photo d’un paysage magnifique alors que le reste du monde postait des « Je suis Charlie ». Elle osait être heureuse alors que des gens souffraient. En rentrant de vacances, une connaissance lui a demandé comment elle avait osé faire ça, que ce n’était pas digne.

Mais doit-on vraiment s’arrêter de vivre quand une partie du monde souffre? Est-ce que ça change quelque chose que nous passions notre journée devant les infos? N’a-t-on pas le droit au bonheur quand certains connaissent un drame? Ne pas ajouter un filtre bleu-blanc-rouge sur notre photo de profil veut-il dire que nous sommes sans cœur? Et si nous le faisons, au bout de combien de temps pouvons nous l’enlever? A quel moment avons-nous le droit de passer à autre chose?

Hier, lors de mon cours de yoga, ma prof nous parlait justement de ces événements. Elle se rappelait d’une conférence du Dalaï Lama à laquelle elle avait assisté. A propos des horreurs de ce monde, il disait à peu près ceci: « il ne faut pas les nier mais il ne faut pas s’en abreuver. » Parce que passer son week-end devant de telles images reviendraient à peu près au même que de bouffer du McDo non-stop pendant tout ce temps. Notre corps réagissant autant aux images qu’on regarde qu’à la nourriture qu’on ingurgite.

Ce week-end, sans le savoir, j’ai été Dalaï Lamesque et j’ose le dire. Et le drapeau bleu-blanc-rouge, je le garde dans mon cœur.

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8 Commentaires
  • Marie
    novembre 16, 2015

    Mélanie. Que dire. Je viens de me reposer exactement la même question après l’épisode montagnard. J’ai choisi d’attendre un jour avant de mettre cette fois les photos de la plage. Montrer qu’ailleurs la vie peut encore être belle, que la vie continue, ça n’empêche pas la tristesse et l’incompréhension. Pour l’heure je n’ai pas eu de remarque. …

    • Mélanie
      novembre 18, 2015

      J’ai tellement pensé à toi! Et j’ai adoré tes photos de playa. Enjoy!

  • Nadia Constantin
    novembre 16, 2015

    Bravo pour ta franchise, bravo pour ton courage.
    Comme toi, je voulais m’éloigner de cette horreur, ne pas être prisonnière de ces évènements atroces.
    Puis je suis tombées sur des images de la jeunesse parisienne qui proclamait le droit au bonheur, à la liberté, à l’amour, des images joyeuses, des images d’espoir.
    Aucune haine, ni rêve de vengeance, juste une revendication, être libre et heureux et ça aucune acte de haine ni de violence ne pourra leur enlever.
    Respectons la vie tous les jours, elle est si précieuse qu’elle mérite toute notre attention et cela commece par un simple sourire.
    Tata J.

  • Polly
    novembre 17, 2015

    mon bonami qui est un oiseau de nuit m’a appris la nouvelle en rentrée à 6h30 du mat. Je n’ai plus pu dormir et j’ai regardé la télé pendant 36 heures à peu près jusqu’à l’écoeurement. Je fuis facebook car je ne supporte plus les status des gens. Je n’ai pas pis non plus le drapeau français car je ne vois pas de sens à cela, comme le disais je ne sais plus qui, mettre ce filtre sur un selfie rigolard, quelle hérésie. J’ai publié un billet blog samedi au milieu de l’avalanche de posts marquant la désolation (bilan: 0 like sur hellocotton, normal). La vie continue, c’est clair, même si elle ne sera quelque part plus jamais pareil…
    P.S. un peu molle cette saison de The Affair, non? moi aussi j’ai regardé le dernier épisode, ça stagne un peu je trouve

    • Mélanie
      novembre 18, 2015

      J’adore cette série, même la saison 2, même si je dois bien avouer que l’épisode que j’ai regardé hier soir était effectivement un peu plus moi et qu’il y avait moins de tension dramatique. Vivement le prochain!

  • Polly
    novembre 17, 2015

    l’émotion me fait faire plein de fautes de frappes, désolée!

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